jeudi 5 novembre 2009

Gravure en taille douce : la pointe sèche

Par Thierry Doukhan
La taille-douce fait allusion à tous les procédés de gravure en creux : burin, pointe sèche, eau-forte, aquatinte, manière noire.

Le principe de la taille douce consiste à creuser un dessin dans une plaque de métal.
Pour imprimer le dessin, la plaque est enduite d'encre, puis essuyée pour qu'il ne reste de l'encre que dans les creux. Puis on place sur la plaque une feuille de papier humidifiée, avant de passer le tout sous le cylindre d'une presse à gravure. L'encre, sous l'effet de la pression et par capillarité, va se transférer des entailles sur le papier.
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Pablo PICASSO - La patronne faiseuse d'anges avec trois filles, 1er état (1971)
Grattoir, pointe sèche - 367 x 495 mm - Musée Picasso - Paris
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La pointe sèche est un procédé direct de gravure, où l'artiste attaque le cuivre avec une pointe d'acier qu'il tient comme un crayon.
En grattant le métal, la pointe laisse sur les bords du trait des "barbes" de métal, qui retiennent l'encre et donnent un aspect velouté à l'impression.
Mais la pointe sèche entame moins profondément le cuivre que le burin ou l'eau-forte et la plaque s'use vite ; elle ne peut donner qu'une trentaine d'épreuves (on dit "états").

Voici une petite vidéo de démonstration :
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Et voici quelques exemples qui montrent la richesse du procédé.
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Albrecht DURER - La sainte famille avec Saint Jean, Madeleine et Nicodeme
(v. 1512) - Pointe sèche - 216x190 mm - Staatliche Museen (Berlin)
A l'époque de Durer, le procédé de la pointe sèche est peu courant, car pas assez "rentable" : l'oeuvre est longue à graver et n'autorise que peu de tirages. C'est pourquoi on lui préfère la technique du burin, plus "technique" mais plus fiable dans le temps (article à suivre).
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Auguste RODIN - Victor Hugo vu de trois-quarts (1885)
Pointe sèche - 229x178 mm - Metropolitan Museum of Arts (New York)
Par contre, ce procédé devient intéressant pour les oeuvres de style "spontané", rapides à graver. On obtient un résultat proche du fusain, qu'on peut reproduire plusieurs fois. De plus, aucun tirage n'est réellement identique : selon l'intensité de l'essuyage ou la pression de la presse, l'état sera plus ou moins foncé et contrasté.
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KANDINSKY - Gravure n°III - 1916
Pointe sèche - 135x161 mm - Musée National d Art Moderne - Paris

Cette oeuvre montre bien le parti qu'on peut tirer de la pointe sèche, avec la sensualité de son trait charbonneux.
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A suivre, d'autre articles sur la gravure : au burin, à l'acide ("eau-forte"), ... mais aussi sur bois (avec notamment les estampes japonaises).

4 commentaires:

  1. C'était Rembrandt qui utilisait ce procédé pour étudier l'ombre et la lumière...et les reproduire sur toile .
    A Amsterdam, dans la maison de Rembrandt tu peux assister à une démonstration très intéressante.
    Un autre voyage...pour ta retraite !!

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  2. magnifique et passionnant ce document!!!la vidéo incluse est très instructive et explique parfaitement aux non initiés la technique de la pointe sèche,au plaisir !!!Anne

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  3. Aaaah la gravure et ses merveilles.
    Quelle bonne idée que cette série, claire et superbement illustrée. On suivra donc ça de près !
    Je découvre d'ailleurs que ce n'est pas ton premier article sur le sujet, ton blog est décidément inépuisable...
    Merci Thierry !

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  4. merci AH ! Cette "série" sur la gravure a tourné court car à l'époque, je n'avais pas pu expérimenter le burin et l'eau-forte. Et j'estime que pour bien parler (et illustrer !) un article sur une technique, il faut l'avoir essayée.
    Cette année, peut-être, j'aurai une nouvelle occasion...

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