dimanche 8 novembre 2009

Jupiter et Sémélé par Gustave Moreau

« Je ne crois ni à ce que je touche, ni à ce que je vois.
Je ne crois qu'à ce que je ne vois pas et à ce que je sens. » (G. MOREAU)
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Gustave MOREAU - Jupiter et Sémélé (1895)
Huile sur toile (2120x1180 mm) - Musée Gustave Moreau (Paris)
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Voilà un de mes tableaux-cultes (depuis mes 20 ans), peint par Gustave Moreau, autoproclamé "ouvrier assembleur de rêves" et maître du mouvement symboliste. Son oeuvre fantasmagorique mélange souvent l'amour et la mort, le paganisme et le christianisme, les esthétiques occidentales et orientales.
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Il était une fois...
La princesse Sémélé était une des maîtresses du dieu Jupiter (Zeus), qui avait pris la forme d'un homme pour la séduire.
Mais par caprice, elle lui fit promettre de lui accorder une faveur et, quand celui-ci lui demanda quel était son désir, elle le pria de se montrer dans toute sa puissance. Jupiter dût s'exécuter, ce qui foudroya Sémélé, consumée par le feu divin.
Jupiter eut cependant le temps de retirer du corps de Sémélé, le fils qu'ils avaient conçu (Dionysos), avant de le cacher dans sa cuisse, jusqu'à sa "naissance", deux mois plus tard (d'où l'expression "sortir de la cuisse de Jupiter").
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"Au centre d'architectures aériennes, colossales, sans base ni faîtes, couvertes de végétations animées et frémissantes, flore sacrée se découpant sur les sombres azurs des voûtes étoilées, le Dieu tant de fois invoqué se manifeste dans sa splendeur encore voilée" (G. MOREAU).
Le style de Moreau était plus morbide et sensuel que celui, plus new-age, des autres peintres symbolistes. Et son exotisme évoquait l'Inde, quand la plupart des peintres orientalistes s'inspiraient du Maghreb. Quant à son univers mystique, il fut à contre-courant des "modernes" de son temps (impressionnistes et réalistes), qui s'attachaient à la réalité concrête et quotidienne.
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Les femmes de Gustave Moreau étaient toujours livides, d'une beauté froide et inaccessible. D'ailleurs, on ne lui connait aucune liaison amoureuse...
"Sémélé pénétrée des effluves divines, régénérée, purifiée par le sacre, meurt foudroyée et avec elle le génie de l'amour terrestre, le génie au pied de bouc " (G. MOREAU)



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Quel métissage des cultures !
Jupiter a la peau mate et les habits d'un monarque indien. Et il tient une lyre, attribut du poète Orphée (légende grecque antique), qui a aussi perdu sa chérie tragiquement. Mais le visage de Jupiter est celui du Jésus-Christ des icônes Byzantins (voir à gauche), avec même une auréole en forme de croix chrétienne.
D'ailleurs, au début de l'ère chrétienne, les Romains avaient assimilé Jésus au mystérieux Dionysos. D'après leur légende, tous les deux étaient issus d'un couple "mixte" (père-dieu et mère-mortelle). Ce qui ne les a pas empêché d'accéder à une entière divinité.
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Pan (au centre), l'Aigle de Jupiter et la Douleur (derrière lui), la Mort avec son glaive ensanglanté (à gauche).
"Au pied du trône, la Mort et la Douleur forment la base tragique de la Vie, et non loin d'elles, sous l'égide de l'aigle de Jupiter, le grand Pan, symbole de la terre, courbe son front attristé dans un regret d'esclavage et d'exil, tandis qu'à ses pieds s'entasse la sombre phalange des monstres de l'Erèbe et de la Nuit, des êtres non formés qui doivent attendre encore la vie de lumière, les êtres de l'ombre et du mystère, les indéchiffrables énigmes des ténèbres." (G. MOREAU)
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Les monstres de l'Erèbe


Les monstres de la Nuit (au centre, la Lune Noire Hécate ?)

Dans les dernières années de sa vie, en quête de spiritualité, Gustave Moreau superpose à cette scène mythologique païenne, une atmosphère de sanctuaire.
"Alors, sous cette incantation et cet exorcisme sacré, tout se transforme, s'épure, s'idéalise : l'immortalité commence, le divin se répand en tout et tous les êtres, ébauches encore informes, se dégagent de leur limon terrestre et aspirent à la vraie lumière […] C'est une ascension vers les sphères supérieures, une montée des êtres épurés, purifiés par le divin,- la mort terrestre et l'apothéose dans l'immortalité. Le grand mystère accompli, toute la nature est imprégnée d'idéal et de divin, tout se transforme. C'est un hymne à la divinité" (G. MOREAU)
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Voir ici une galerie de plein d'autres tableaux de Gustave Moreau.

Voir ici des photos du charmant Musée Gustave Moreau (qui fut sa maison-atelier).

9 commentaires:

  1. J'aime errer dans le musée de Gustave Moreau. C'est un endroit où le merveilleux règne. Tu as vu que mon Saint Martin était de lui !
    Mes beaux parents font partie des Amis de Gustave Moreau (cercle parisien très select!!!) ce qui leur permet de visiter les expos européennes dédiées au grand peintre!!!

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  2. Je me souviens...
    A 25 ans, débarquant à Paris, c'est au Musée G. Moreau que j'ai d'abord couru. Ca faisait tellement d'années que je rêvais de voir ses tableaux 'en vrai' !
    C'est là que j'ai eu mon premier "syndrome de Stendhal" (je l'ai compris plus tard) : un sentiment d'euphorie mélangé à une angoisse, à l'idée qu'il va bien falloir partir. Envie de crier de joie, de pleurer, de se rouler par terre...
    Je suis quand même resté digne, et je me suis plongé longtemps, dans chacun de mes tableaux préférées.
    Plusieurs heures plus tard, j'ai dû quitter le musée, un pincement au coeur.
    Depuis, j'en ai vu d'autres et je suis plus difficile à émouvoir. Mais je garde de ce musée le souvenir attendri d'une "première fois" et de ma jeunesse rêveuse.

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  3. Le syndrome de Stendhal..je l'ai éprouvé à milan devant l'ultime oeuvre de Miche Ange la Piéta Rondanini. J'étais bouleversée et n'arrivais plus à quitter le lieu.

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  4. Très belle sculpture, effectivement...
    J'ai d'autres souvenirs très forts, pas toujours aussi prévisibles que sur "Jupiter et Sémélé".
    Et si on faisait chacun un billet sur nos plus grandes émotions artistiques ?

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  5. Avec joie...J'ai passé 4 ans en Italie, quelques mois en Inde et en Corée du Sud....mon âme a pas mal stocké!!!!!

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  6. Félicitations pour cette explication de l'œuvre, et les nombreuses photos qui permettent de mieux se souvenir du musée... Chris

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  7. Je suis arrivée par ici à la recherche de reproductions de tableaux de Gustave Moreau, et du coup j'ai fait un petit tour et j'ai trouvé votre blog très intéressant !

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    1. Merci, Madame de Keravel ! Je vais aussi explorer vos nombreux blogs...
      J'ai fait un autre article sur "Gustave Moreau et Salomé", que je vous recommande (cliquez sur la vignette - la 12e je crois - dans la colonne de droite).

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  8. Je suis d'accord avec madame de Keravel, très intéressant. Merci !

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