dimanche 30 mai 2010

Toi aussi, soit un prof tranquille et/ou bien payé

Pour les enseignants, c’est la période des négociations pour se répartir les classes et les heures supplémentaires.
C’est surtout l’occasion de constater que même dans un lieu aussi républicain qu’un établissement scolaire, certains sont très attachés à leurs privilèges, au mépris de la Solidarité et de l’Egalité… L’enjeu : gagner beaucoup plus de sous et/ou être beaucoup plus "tranquille" que son collègue qui fait théoriquement le même travail que soi.
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L'enjeu numéro 1, c’est le partage des classes.
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La "répartition de services" se fait en l’absence d’un éventuel futur collègue, dont l’arrivée est prévue en septembre prochain.
Comme les absents ont toujours tort, on lui refile souvent les classes dont personne ne veut : CAP (élèves les plus agités) et filières-poubelles (élèves les plus démotivés).
Les années suivantes, ce collègue revendiquera peut-être les classes plus "intéressantes". Dans ce cas, on lui répondra : « Oui mais tu comprends, j’ai beaucoup investi dans les Bac (ou dans les BTS, ou etc…) ! ».
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Si tu es ce pauvre type qui n’a pas la légitimité de l’ancienneté, tu as trois solutions :
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- Soit attendre qu’un privilégié parte en retraite, pour récupérer ses classes et reproduire ses pratiques. Je précise que je ne cautionne pas cete option et que je la déconseille particulièrement quand le privilégié a moins de 59 ans (dans l’état actuel des choses…).
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- Soit engager des négociations : dans ce cas, explique au privilégié que depuis 20 ans qu’il a « investi » dans les Bac (ou les BTS, …), il a largement rentabilisé son travail ! Propose-lui un système équitable, qui imposera un roulement dans l’attribution des classes, de telle manière qu’aucune filière ni aucun niveau, ne soit systématiquement attribué à un collègue.
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- Soit faire la révolution : demande au Chef d’Etablissement d’imposer une répartition équitable et non discriminatoire. Attention, solution casse-gueule : le privilégié a déjà fait ses preuves (c'était facile, avec les meilleures classes !) et il est souvent dans les petits papiers de la Hiérarchie ; le risque est de ne pas obtenir gain de cause, avec en prime le mépris et la rancune de l’ensemble des collègues concernés.
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L'enjeu numéro 2, c’est le partage des heures supplémentaires.
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Si tu as réussi à avoir des classes "tranquilles", il sera plus facile d’assumer des heures supplémentaires, qui occasionneront un faible surplus de fatigue nerveuse. Dans ce cas, n’hésite pas à « travailler plus pour gagner plus », et profite-z-en pour redistribuer tes richesses en travaux d’isolation ou en salaires pour des "services d'aides à la personne".
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Dans le cas où tu ne veux pas faire d’heures supp’ (et tes collègues non plus), il est inutile de réclamer la conversion des heures supp' en création d’un autre poste d’enseignant : chaque établissement dispose d’une "enveloppe" d’heures supp’ incompressible, qu’il faudra bien répartir !
Tu peux toujours refuser les heures supp’ (au-delà de la première, qu’on peut t’imposer), mais tes collègues et ton chef ne te le pardonneront pas.
Dernière solution : avoir demandé, en hiver dernier, à travailler à temps partiel (par exemple à 90%), ce qui t’interdit de faire des heures supp’ (et obligera peut-être à la création d’un poste d’enseignant supplémentaire). Mais cette demande n’est pas certaine d’aboutir, à moins d’avoir un très jeune enfant ou d’être handicapé…
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PS :
Par confort de lecture, j’ai évoqué les privilégiés au masculin. Evidemment, si certaines inégalités existent aussi dans la fonction publique, on rencontre moins le "plafond de verre" machiste. Conséquence : il y a autant de privilégiées que de privilégiés.

2 commentaires:

  1. je ne savais pas que ça se passait comme ça... les profs choisissent et négocient leurs classes...

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  2. Homer,

    On émet des souhaits, pour le choix de nos classes, sans garantie qu'ils soient tous exaucés (contraintes d'emploi du temps).

    C'est toujours mieux qu'une répartition arbitraire venue "d'en haut", car tous les profs ne sont pas interchangeables (même quand ils enseignent une même matière), selon leur expérience et leur propre formation.
    Par exemple, un prof de maths-sciences ayant fait des études de maths, sera parfois réticent à enseigner les sciences.

    Avec le temps et différentes formations, on devrait se rapprocher de l'interchangeabilité... théoriquement !

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