mardi 6 juillet 2010

Le bordel dans les cantines scolaires

" Vous avez traité le personnel comme des chiens, vous allez manger comme des chiens ". A la cantine municipale de Venansault (Vendée), un cuisinier a contraint une dizaine d'enfants perturbateurs - âgé de 8 à 11 ans - à ramper pour aller chercher leur nourriture (source : yahoo actu).
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Les réactions sont binaires : d’un côté, ceux qui défendent le cuisinier, nostalgiques d’une époque où les parents faisaient leur «travail» et que les châtiments corporels étaient banals ; de l’autre, ceux qui crient à l’humiliation et réclament le licenciement du cuisinier.
La réalité est plus complexe… La réalité c’est que la cantine scolaire est une zone de non-pédagogie, de non-autorité et de non-sécurité.
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La non-pédagogie, pendant les pauses-déjeuners, s'explique parce que les enfants sont sous la responsabilité de personnels municipaux, qui ne sont pas des enseignants. On a reproché au fameux cuisinier de ne pas avoir de «pédagogie», ce qui aussi con que de reprocher à un enseignant de ne pas savoir cuisiner.
J’ai lu que le cuisinier n’avait pas à « donner des leçons » aux gamins et qu’il devait se contenter de préparer la tambouille. Soit… Mais en l’absence d’enseignants, c’est lui qui est responsable (sécurité des enfants, vigilance contre le vandalisme, etc…). Et cette responsabilité, elle devrait s’exercer comment ?
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Justement, il est impossible d'assurer cette responsabilité dans un contexte de non-autorité. On s'est contenté de déplorer que les personnels municipaux n’étaient pas «forcément formés», comme si on pouvait apprendre à se faire respecter, quand on n’a aucun pouvoir !
A l’école (rurale et tranquille) de mes enfants, c’est le bordel à la cantine, avec un chahut incessant. Je sais, de différentes sources, que les personnels municipaux n’osent plus intervenir : à la moindre réprimande, soit les enfants les envoient bouler (« Et alors ? Vous allez faire quoi ? »), soit c’est les parents d’élèves qui se vengent en les insultant en public.
D’ailleurs, les articles de presse évoquent certains parents qui affirment n’avoir jamais été avertis des incivilités de leur enfant, pendant que d’autres parents ont été convoqués mais ne se sont pas déplacés. Ce n’est pas contradictoire : on fait timidement appel aux parents, sans trop insister… et ensuite on laisse tomber pour gérer ça « en interne », avec les risques de dérives où chacun se fait justice par ses propres moyens !
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Par conséquence, la non-sécurité est liée à l’absence d’autorité légitime pendant la pause-déjeuner, quand les enfants sont soumis à fameuse «loi de la jungle», avec les caïds en herbe qui peuvent tester leur pouvoir sur les plus faibles, en toute impunité.
A la cantine, un gamin peut se faire chiper un jouet ou son dessert, ça ne s’appelle pas encore du racket ; il peut aussi recevoir un coup de fourchette dans le dos, ça ne s’appelle pas encore une agression physique. Tout ça n’est pas bien grave, c’est juste des enfants qui jouent
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Alors on pourra toujours virer le cuisinier, comme on pourra se débarasser d'Eric Woerth, et dans la foulée de tous les thermomètres et fusibles de France... Ca sera toujours plus facile que de remettre en question le fonctionnement de certains systèmes !

11 commentaires:

  1. Souvenir, souvenir:instit débutant-en 1947! ouh la la!la préhistoire...j'assurais volontairement, pour arrondir mes maigres fins de mois, la surveillance de la cantine, ce qui me valait, outre une très modique rémunération municipale, le repas gratuit.Je disposais donc de l'autorité légale nécessaire , et reconnue à l'époque, pour gérer la situation et tout se passait sereinement.. Je ne veux pas jouer les nostalgiques et geindre" c'était mieux avant". Les temps ont changé, ce n'est qu'un constat

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  2. Jacques,
    Faire surveiller les repas par des enseignants, est-ce toujours une bonne idée ? Est-ce que ça existe dans certaines communes (et dans ce cas, est-ce concluant ?)...
    Je ne sais pas !
    Mais je sais que les professeurs d'écoles ont déjà plus d'obligations horaires, avec leurs élèves, que leurs collègue de collèges ou de lycées. Pourtant leur travail est éprouvant (il paraît qu'il faut organiser une nouvelle activité tous les quarts d'heure !).
    Alors je ne suis pas sûr qu'ils aient envie de "travailler plus pour gagner (pas beaucoup) plus" !

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  3. Je fais référence à une époque révolue que je ne regrette pas . Je sais, par expérience, que les charges d'un instit sont assez lourdes pour lui éviter ce genre d'activité. J'évoque simplement un souvenir personnel.

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  4. Rien à ajouter à ce billet impeccable.

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  5. Jacques,
    J'ai bien compris... mais on n'est pas à l'abri d'un(e) politicien(ne) qui nous propose de recycler les "vieilles recettes".

    L'Hérétique,
    Merci pour le compliment. J'aime aussi beaucoup ce que tu écris, surtout quand c'est iconoclonaste... mais je te trouve toujours moins pertinent quand tu critiques la Gauche (je ne dois pas être objectif !).

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  6. Celà me rappelle des histoires de mon enfance des années 50. En sixième, cinquième j'étais interne dans un lycée de Haute-Marne. J'étais dans ces années là un gosse fragile, très introverti, mon père depuis trois ans était aux abonnés absents pour des raisons que je n'expliquerai pas ici. Et j'étais très souvent collé le week-end (dans ces années là ça voulait dire que je restais à l'internant). Et pourquoi collé ? Pas parceque j'étais un gosse chahuteur, mais alors pas du tout, simplement parceque l'internat était régi par une alliance non dite entre les vrais voyous et les pions qui voulaient leur tranquilité et donnaient des colles aux boucs émissaires que leur désignaient les voyous. Le surgé et le dirlo qui voulaient aussi leur tranquilité fermaient les yeux sur ce contexte. J'avais même un oncle, plus âgé que moi de 4 ans qui était au lycée, demi-pensionnaire, qui aurait du me protéger mais qui s'en gardait bien pour sa propre tranquilité. J'ai retrouvé ça à l'armée (heureusement je n'y suis resté que 10 jours, j'avais appris à me défendre) où, dans un régiment disciplinaire, les sous-off de la coloniale sous-traitaient le dressage des politiques aux droits communs (le recrutement du régiment c'était 1/2 la prison des Baumettes, 1/2 de politiques). Ceux qui ont lu Primo Levi savent que les camps de concentrations étaient aussi gérés sur ces principes. C'est le totalitarisme ordinaire, quand les hiérarchies ne font pas leur boulot, ou sous-traitent les basses besognes sans vérifier la qualité du service, quand les citoyens, les parents, les voisins, les proches, les institutions, sont aux abonnés absents de leurs responsabilités.

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  7. Ane-Vert,

    merci pour ce commentaire, qui ne contredit pas celui de Jacques, mais qui montre qu'à chaque époque, ça s'est passé plus ou moins bien !

    Il y aurait encore beaucoup à dire, sur ce thème de la responsabilité.
    J'ai des souvenirs douloureux, quand j'étais jeune enseignant et que j'ai voulu jouer au "justicier", au nom de cette "responsabilité". Ca m'est toujours retombé dessus : caïds vindicatifs, victimes qui auraient préféré ne pas être "affichées" comme telles, Direction qui m'en veut de signaler un problème qu'elle ne veut pas gérer, ollègues qui se désolidarisent, ... Il faut marcher sur des oeufs !

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  8. Oui mais quand on marche trop sur des oeufs, on finit par être complice de petits systèmes d'oppression qui font une sale omelette. C'est au nom de ces prudences que les violences conjugales et la pédophilie ont longtemps fait l'objet d'un lourd silence.

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  9. Ane-Vert,
    Il y a malentendu sur l'expression : celui qui "marche sur des oeufs"... marche quand même ! Il n'est pas "immobiliste" et encore moins "complice", mais seulement plus lent et plus prudent.
    Aujourd'hui, avant de "jouer au justicier", je m'assure :
    - que la "victime" est demandeuse d'une aide.
    - que je ne suis pas seul à signaler le problème (je monte discrètement le bourrichon aux collègues et je les incite à produire un rapport collectif).
    Ca entraîne une petite inertie, mais ça marche finalement beaucoup mieux que de ruer dans les brancards !

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  10. Je suis choquée qu'on ait fait ramper ces enfants pour leur donner une leçon, en les comparant à des cochons. C'est du même ordre que la maîtresse qui a mordu un enfant parce qu'il avait lui-même mordu un camarade. Que l'autorité ait plié sous le poids du laxisme ambiant, tant à l'école qu'au sein des familles, je le déplore, mais appliquer la loi du Talion va-t-elle rendre nos enfants meilleurs?!
    Le personnel de la cantine devrait être encadré par des enseignants ou être autorisé à punir, de façon normale: un mot aux parents, des retenues, des "lignes", etc. Mais il faudrait aussi qu'ils soient un minimum formés sur le plan éducatif...
    La seule fois où je suis intervenue pour ma fille est quand elle est revenue rouge écarlate en juin, parce qu'ayant bavardé à la cantine, elle a été mise au coin dans la cour en plein soleil pendant toute la récréation qui a précédé la reprise des cours...

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  11. côté belge européen, on en ai au m^me point...mon fils a eu le front recousu par trois points après une collision avec une assiette lors d'une chasse aux frites (on est en Belgique!). Cohue et mauvaise organisation ne permettent aux enfants ni de manger en quantité suffisante, ni dans des conditions "reposantes" pour attaquer sereinement l'après midi de cours.
    Pascale (ex-camarade de classe de Thierry...ah le bon vieux temps des épinards en gratin).

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