jeudi 7 juillet 2011

Lecture : méthodes syllabique, globale et mixte

Récemment, Homer discutait avec une jeune maman inquiète, parce la maîtresse de son enfant pratiquait la controversée méthode globale. A mon avis et a priori, cette maman s’est probablement affolée un peu vite…

Aujourd’hui, la plupart des professeurs d’écoles apprennent la lecture en conciliant la traditionnelle méthode syllabique, avec la plus récente méthode globale. Pourquoi ?

La méthode globale a ses limites évidentes : on ne peut lire que les mots connus.

Mais la méthode syllabique aussi !
Car pratiquer la méthode syllabique intégrale, c’est forcer l’enfant de 5 ou 6 ans à déchiffrer tous les mots ! Au début, le déchiffrage est tellement lent qu’à la fin de la phrase, il a oublié le début… ce qui compromet la compréhension globale du texte.
D’autre part, en français, le déchiffrage syllabique est source de pièges, car beaucoup de lettres ou syllabes ne se prononcent pas !

L’équilibre est trouvé en commençant par la méthode globale pour les mots les plus courants - qui reviennent souvent - comme maison, garçon, fille, maman, travail, etc… que l’élève reconnaîtra dans une phrase du premier coup d’œil.
De même l’enfant se familiarisera avec nos terminaisons bizarres (notamment en conjugaison : "aient", "iez", etc…), qui doivent s’appréhender de manière globale.
Ensuite, on apprend la méthode syllabique pour affiner la pratique de la lecture et permettre à l’enfant de ne buter que sur la moitié des mots.
La combinaison mixte de la lecture immédiate et du déchiffrage concilie la rapidité de lecture - et ainsi la compréhension du texte - avec l’autonomie de cette lecture.

Finalement, la maman inquiète ferait mieux de laisser le professeur de sa fille, faire son travail… et lui laisser le temps d’aller au bout de sa méthode d’apprentissage.

Enseignant, c’est un métier pratiqué par des professionnels ! Alors que les enseignants-du-dimanche soient un peu moins sûrs d’eux et un peu plus confiants et patients. Ca éviterait beaucoup d’inquiétudes et de désaccords, voire de conflits.

Je ne suis pas professeur d'école, mais j'ai constaté les effets de cette apprentissage mixte sur mes deux enfants : à 5 ans, en fin de grande section de maternelle, il savaient tout lire... et aussi rapidement que leurs cousins et copains de CE2 !

11 commentaires:

  1. Bon billet.

    C'est une polémique qui m'a toujours passionné (en tant que polémique, n'ayant pas de môme et sachant lire depuis environ 40 ans, je suis assez peu concerné par le sujet).

    Mais j'aurais tendance à faire comme toi : un mixte des deux me parait correct, comme dans la vie, je ne cherche toujours à faire un choix net entre différents trucs.

    Et je suis parfaitement d'accord avec ton avant dernier paragraphe : c'est le boulot des instits, pas celui des parents...

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  2. Merci Nicolas... Mais comment se fait-il que tu n'ais pas d'enfants ? Un homme exceptionnel comme toi, ça doit se re-produire pour ne pas perdre le "moule" !

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  3. Voilà un avis parfait: un mixte des deux, avec une évolution logique et culturelle dans le temps. Dans le cas de la maman concernée, il semblerait qu'il n'y ait que de la méthode globale, et son fils qui bloque sur un mot "oublié", ça peut inquiéter un peu...

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  4. Nicolas,
    plus sérieusement : les polémiques sont fréquentes en pédagogie. C'est comme en politique et en religion, il y a des "dogmes" qui s'affrontent : conservateurs, progressistes, "centristes" qui mangent à tous les râteliers...

    Homer,
    "Parfait", ça me va !
    Les 2 méthodes sont complémentaires et s'entre-alimentent :
    - à force de déchiffrer les mêmes mots, ont finit par les lire "globalement".
    - à force de lire "globalement" des mots qui se ressemblent ("maison", "jamais", "voulais", ...), on reconnait certaines syllabes ("ai" qui se prononce "è", par exemple).

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  5. Comme toujours, le mieux à mon avis est de doter les enseignants des éléments techniques correspondant aux différentes méthodes, et de leur laisser ensuite la liberté pédagogique face à leur classe et aux individus qui la composent.

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  6. Romain,
    C'est effectivement l'évidence.
    La liberté pédagogique, c'est facile à obtenir (les profs ont rarement leurs chefs "sur le dos" pour les contrôler ou les contredire).
    C'est plus problématique pour leurs compétences techniques et pédagogiques, avec l'arrivée croissante de vacataire et contractuels non formés et qui sont un peu livrés à eux-même (c'est un gros sujet de billet, d'ailleurs).

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  7. Connaissez-vous les recherches de cette femme?

    http://dr-wettstein-badour-parcours.blogspot.com/

    En lisant ses travaux on ouvre les yeux bien grand!

    Je connais quelqu'un qui travaille avec la méthode Wettstein-Badourg pour ré-apprendre à lire aux enfants qui inventent les mots quand ils lisent et en font des cauchemars la nuit, eh bien les résultats de cette méthodes sont là, sur leur bulletin!!! Tous les enfants de CP sont capables d'apprendre à lire, quelle que soit leur "intelligence"!

    Il est évident que pour bien apprendre à lire un mot, il faut d'abord connaître CHAQUE lettre qui le compose, non? Je ne vois pas de polémique là-dedans.
    Les deux méthodes (globale et syllabique) sont idiotes! Il n'y a qu'à voir les statistiques (en tenant compte des enfants dont les parents leur apprennent à lire chez eux)!
    Alors quand j'entends parler de liberté pédagogique alors qu'il s'agit simplement de connaître le fonctionnement cérébral...

    Clairement, c'est le boulot des PARENTS à partir du moment où l'on sait que les ENSEIGNANTS ne font pas correctement leur travail, de faire en sorte que leurs enfants ne restent pas illettrés.

    Ceci dit, c'est une très bonne idée de parler de ce problème majeur!

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    1. Bonjour leglobulebleu,

      Merci de votre citation de Mme Wettstein-Badourg..

      J'avais j'ai lu un extrait de sa lettre ouverte vers le mois de mars, lorsque ma fille était en CP (mais j'aurais dû le faire bien plus tôt)... cette lecture me démontrait que je n'étais pas seule à constater les ravages des approximations de "lecture" globale (mots inventés, lettres inversées, devinettes (le plus souvent malheureuses)... et en somme, dégoût de l'activité "lecture"... jusqu'à ce que les clés du code (les bases de la combinatoire) soient délivrées...
      En effet, tous les enfants ne trouvent pas seuls, à partir de mots "reconnus globalement" tels que "jamais", "maison" , "paisible"... "fenaison", que "ai" fait è... et certains se découragent bien avant de pervenir à quoi que ce soit de motivant si on ne les aide pas plus.

      Globalement, j'ai été témoin de confusions entre "Hippopotame" et "homme" (ma fille avait reconnu, h, o,m,e, et n'avait su que faire des i, p, t et, a (mal maitrisés), et n'en avait donc, avec sa logique à elle, rien fait)...

      Plus tard, ayant appris à lire au prix d'un rattrappage de "relation graphème phonème" (un terme d'orthophoniste) et de lecture syllabique ayant duré tout l'été, elle m'a fait une blague, que j'ai identifiée à son sourire peu innocent, mais heureux, faignant de confondre la lecture du mot "troubadour" avec celle qu'elle d'un mot qu'elle aurait reconnu globalement : "trou de balle" , et qui m'a fait penser à ceux qui prétendent "lire" sans identifier toutes les lettres, et imposer cette funeste "méthode" à tous les lecteurs débutants.

      Et si on ne lisait pas toutes les lettres (y compris celles qui sont muettes, et celles qui s'associent, comme a et i pour faire è, et celles qui se combinent exceptionnellement bizarrement comme dans "ville" qui se lit "vile"...), comment expliquer que l'on se fasse systématiquement refouler un CV accompagné d'une lettre truffée d'erreurs orthographiques ?

      Il me semble qu'il serait terriblement difficile de reconstruire les subtiltés de la plupart des textes rédigés en français, avec seulement des dessins s'adressant directement aux cerveau des images... (ce qui serait indispensable, paraît-il pour être un lecteur efficace et rapide)...

      Quant à moi, définitivement, je préfère "lire moins vite" et identifier clairement si le chaussant que j'ai choisi pour habiller mon pied est un soulier, un escarpin, une ballerine, une godasse ou un écrase merde... je crois que c'est indispensable, pour appréhender la vie dans le monde tant soi peu éduqué auquel je souhaite appartenir.

      Je ne prétends pas être quelqu'un d'ultra raffiné... mais quand même ..!!


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    2. pardon pour l'orthographe du nom de Mme Wettstein-Badour et pour l'erreur et pour le "faignant" au lieu de "feignant" (les lecteurs actifs auront vu)
      Pardon aussi pour les autres fautes que j'aurais laissées

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  8. Leglobulebleu,
    Je ne suis pas d'accord avec ton commentaire.
    Ca serait trop long d'argumenter ici : le sujet de l'illétrisme est intéressant mais ce n'est pas l'objet de ce billet.
    Il faudra que je te réponde de manière précise, dans un billet de blog.
    A bientôt !

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